Là-haut - "Ecole de la vie" (9)
La Meije dans le dos pendant quatre, cinq ou six heures, je ne sais pas, nous avancions vers le sommet. Que nous avons atteint les premiers. De quoi admirer les sommets - Barre des Ecrins, Agneaux, Râteau… Des noms nouveaux, qui me feront rêver. Surtout quand on me dira : “Oui, on peut aller là-haut”.
De retour à la plaine, les journées s’enchaînent. Aux heures de cours s’ajoutent désormais l’entraînement quotidien.
J’y apprends la discipline, la persévérance, la détermination et tant d’autres valeurs fondatrices. Pas de secret pour progresser : répéter, répéter, répéter. Les copines n’en voient que le résultat physique - la tonicité, la minceur, tout ce qui compte pour elles. Des aspects auxquels je n’accorde aucune importance. Parce que ce qui compte c’est le mental que je suis en train peu à peu de me forger. Pan Güllich dans le garage après les cours, footing, grimpe sur le pan. Et finalement, avec le recul, la concrétisation de toutes ces séances, via la compétition ou les voies dures en falaise, m'importait guère.
Ce que j’aimais le plus, ce qui d’ailleurs me porte encore, c’est cette incessante quête d’émotions, aussi bien procurées par le dépassement de soi, les petites victoires et les moments passés au pied des blocs. Une traction de plus que la semaine passée suffit à faire jaillir ce feu sacré, surtout si je suis allée la chercher du fond de mon âme. L’amour du mouvement bien fait, parfaitement dosé entre fluidité et douceur, est également source d’une grande satisfaction. Le but ultime : le bonheur. Seul chapitre qui m’intéressera vraiment en cours de philosophie.
Parce qu’en parallèle de tout ça, il y a le lycée. Au sein duquel je tente inlassablement de faire ma place. Avec un succès modéré. Pas grand-chose ne me passionne, ni les profs, ni les élèves. Impossible pour moi de coller à leur projet de vie - faire la fête, scroller sur Instagram, non merci.
Bien-sûr, je déborde d’idéalisme. Difficile de faire autrement puisque je ne suis que pleinement moi-même chaussons aux pieds. En parallèle, je continue de rêver, avec Edlinger, Berhault mais aussi Into the Wild sur mon chevet. Avec du recul, je me dis que tout cet entraînement destiné, sur le papier, aux compétitions m’a forgé le mental nécessaire à l’exigence des montagnes. Car là-haut, impossible de tricher.
S’en suivent nos après-midi à Gargantua, le bac, la voie Petit. Et bien-sûr, jamais je ne cesse d’emprunter la route des vacances, dont je connais, à mon grand désarroi, de plus en plus les virages.

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