Bloc-notes - Pousser à fond le curseur
Faire l’autruche 🙈🙉
“Regarde ce qu’il vient de se passer sur l’arête des Cosmiques”
“Coralie, ça te dit de faire un papier sur le bilan des catastrophes environnementales dans les Alpes cet été ?”
Une semaine d’UTMB m’avait presque fait oublier mon eco-anxiété. Un événement aura suffi à la faire revenir en flèche. Et comme j’écris mieux quand je vis, je me replonge, de photos en photos, de vidéos en vidéos, sur 2022. Marmolada, Mont Blanc, effondrement du refuge de la Fourche, arête des Cosmiques… Mais où allons-nous ?
Pousser à fond le curseur 🧗♀️
Je passe un cap. Dans l’acceptation, le plaisir, la détermination, l’intensité de mes entraînements. Que ce soit en grimpe, en course à pied ou même en vélo. J’accepte de pousser l’effort le plus loin possible. D’avoir les jambes qui brûlent, la transpiration qui coule dans mes yeux et le goût du vomi dans la bouche. Pourquoi maintenant et pas avant ? Je n’en sais rien.
Là, par exemple, je me mets bonne dose sur le pan. J’enchaîne les boucles, avec deux petites minutes de repos entre chacune. J’ai la peau qui brûle à chaque mouvement, je ne pense plus qu’à la prochaine prise, à m’y accrocher coûte que coûte. Je crie dans tous les sens, par besoin d’extérioriser. Entre les essais, je sanglote tellement j’ai mal, tellement c’est difficile, tellement je me bats contre mon esprit qui me prie d’arrêter, tellement les émotions qui me traversent, ce mélange de joie intense, de fierté et de faiblesse, sont fortes. Dans un court éclair de lucidité, je me demande soudain : “Mais pourquoi fais-tu ça ?”
C’est vrai, outre le Tout à Bloc cette année, je n’ai pas d’objectif. Or pourquoi ?
Parce que j’aime ça. C’est pour ça que je grimpe, que je m’entraîne depuis des années. Pour aller aussi loin. Certes, progresser est grisant, mais pousser à fond le curseur de l’effort, des émotions est enivrant.
Dopée à la dopamine ⌛️
“La vie, c’est comme une sortie de trail. Parfois, ça va être génial, tu vas avoir l’impression d’être invincible. Parfois, c’est l’inverse, tu es au fond du trou. C’est là qu’il faut continuer d’avancer, coûte que coûte, quitte à ralentir le rythme. La joie, la forme et la passion reviennent toujours”. Voilà ce que je viens d’écrire pour me rappeler que le vide ressenti n’est que passager.
Ecole de journalisme, Outside, Grimpeuses, grimpe, course à pied, vélo, écriture, lecture, TCA dans le rétroviseur… J’ai tout ce que je veux non ? Impossible pourtant de savourer.
Et si j’étais pleinement heureuse uniquement sur un mur d’escalade ? Seul moyen actuel d’avoir, actuellement, une dose de dopamine… À vrai dire, il n’y a plus rien, plus d’enchaînement de likes sous le post d’Alix, plus de nombre de vues incroyable sur le site, plus de décollage en flèche des inscriptions Grimpeuses, plus de tonnes de messages, plus d’UTMB. Même le livre de Marion est fini. C’est normal, c’est le flot de l’existence. Ca m’emmerde. J’en ai (presque) plus les mots.
Seule solution : débrancher, écrire - calmement, sans aucune pression de réussite. Non, cette fois-ci, vous ne serez pas des dizaines de milliers à lire mes mots. Ouf.
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