Élan de vie
300 jours de soleil par an dans les Hautes-Alpes, voilà ce que nous balance le monde de la com’, désireux de faire venir Touriste au coeur du plus beau département de France. Plus beau département de France ? Le superlatif n’a pas été emprunté au monde de la com’. Il vient de moi, ancienne Touriste ayant troqué son patronyme pour celui de « Néo-Briançonnaise ». Ça sonne bien en bouche, mais pas aussi bien que « Locale Pure Souche ». Une question vous brûle sans doute les lèvres. Que se passe-t-il donc les 65 autres jours de l’année ? Voici ma réponse.
Le Grand Aréa est encore dans les nuages. Ça fait une semaine que ce géant trônant sur Briançon joue le timide. Il me manque. Et puis, je suis curieuse. S’est-il vêtu de son majestueux manteau blanc ?
Bon, là, il va falloir se la jouer au mental.
C’est ce que je me dis lorsque je monte sur mon vélo, quelque peu déséquilibrée par des sacoches bien trop lourdes. Au programme de ce samedi soir pluvieux : la directissime chaussée.
Une directissime dans le monde de l’alpinisme, c’est la voie la plus directe pour monter au sommet, celle qui vous fera prendre le moins de détours possibles. Pas forcément la plus facile.
Mon toit du monde à moi ce soir, c’est la maison, dans le quartier de la Gargouille, le plus haut de la ville, à 150 mètres de dénivelé de mon point de ravitaillement, j’ai nommé « le magasin ».
Heureusement, j’ai un « bonbon émotionnel ».
Il ne vient pas d’Haribo mon bonbon, mais de Spofity. Il s’agit de ma chanson du moment, « Magnolias for Ever ». Pas la mignonne reprise, toute douce et bienveillante, d’Emma Peters. Non non, l’originale, celle de Cloclo.
Celle aux paroles pas hyper féministes, je le concède. « Elle était fière, elle est soumise » par exemple.
Une autre époque.
Moi je vous parle de l’ambiance disco, sublimée par les Claudettes.
Celle qui donne envie de danser, de vivre avec légèreté et de faire confiance.
Ne jugez pas Cloclo, s’il-vous-plaît, ce serait du mépris de classe - je vous en reparlerai.
Soyons honnêtes : au moment d’aborder la directissime chaussée, je ne pense pas mépris de classe. Je me demande plutôt si je vais arriver à pédaler jusqu’en haut de cette interminable pente. Pire, si je serais capable d’assumer le plan B, à savoir : pousser mon vélo très chargé au sommet.
« Je ne sais plus comment faiiiiiiire, les magnolias sont toujours làààààà »
Le secret dans ces moments-là, c’est d’arriver à occuper son cerveau. Alors je philosophe, avec le peu de matière dont je dispose sur le moment. À savoir : mes sacoches blindées.
Le plus lourd, c’est quoi ?
La promo du 2 + 1 gratuit du paquet de chips ? Certainement pas.
La bouteille en verre du sirop de grenadine ? Assurément.
Les 3 kilos de farine, aussi.
Je me rends compte que pendant mes intenses réflexions Cloclo a laissé place à Boney M.
Mince.
Au prix d’acrobaties me faisant vaciller, mais jamais tomber, je relance « Magnolias for Ever ». Sauvée !
Pendant ce temps mes jambes ont avancé toutes seules.
Je double une Tesla arrêtée au feu rouge. Ce même feu rouge, je le grille sans hésiter. Pardon la police, mais je ne peux mettre pied à terre en pleine pente, c’est une question de survie, vous comprenez. Trop préoccupés à faire « la chasse » aux migrants à la frontière, ils ne m’ont pas vue, mais ils auraient compris, j’en suis sûre.
La maison se rapproche. Je relance Cloclo une troisième fois. C’est qu’elle n’est pas rapide votre pote cycliste.
À cent mètres du pallier, une dame me dit « Allez, je vous aide ».
Je l’entends à moitié, la faute à Cloclo.
Sa main sur le bas de mon dos, elle me pousse sur quelques mètres. Je lui crie un « merci beaucoup » dans un éclat de rire.
Je n’avais pas besoin de cette aide. Cette petite action m’a pourtant fait un bien fou.
Aux jambes, un peu.
Mais surtout au coeur.
Je me dis alors : « C’est pour ça que j’ai vendu ma voiture, pour ces moments de vie, d’humanité. »
C’est important de se raccrocher aux petites victoires, je vous l’assure. Celle-ci en était une.
Elle m’a plu car elle était bien plus qu’une histoire de mobilité douce.
Il s’agit en réalité d’un élan de solidarité.
Un élan de vie finalement.
Au propre au comme au figuré.
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