La maison du bonheur

2014. Je ne le sais pas encore, mais je viens de rentrer dans une ère nouvelle. Un nouveau chapitre de vie. Sans doute parce que j'ai mis, pour la première fois de ma vie, les pieds en montagne cet été. J'ai osé l'émerveillement, le rêve, l'espoir. Mais voilà, il m'a fallu redescendre, retrouver la plaine et les bancs du lycée. 

Peu importe, les graines étaient plantées.

Elles ont été semées avec beaucoup d'interrogations, celles, je crois, propres à l'adolescence. Une dominait : "Où est ma place ?"

***

Quelques mois après, j'ai trouvé refuge. Une rencontre inattendue, à deux kilomètres de la maison. Avec mes grands mots, j'ai souvent dit : "Ça m'a sauvé". 

C'était faux. 

Mais j'y ai trouvé un supplément d'âme. 

Il m'accompagne toujours aujourd'hui. 

Ma mère me disait alors : "Tu vas à la maison du bonheur". Une jolie manière de décrire mon refuge à l'envoûtante odeur de bois et aux marches grinçantes. 

Cet échappatoire, il me permettait de mieux supporter la cour du lycée, ainsi que celles et ceux qui attendaient un je-ne-sais-quoi pour être heureux. 

Ils étaient nombreux autour de moi à vouloir rester en gare, à râler, sans jamais oser monter dans un train. À râler en disant que c'était comme ça la vie, qu'il fallait subir plutôt qu'agir. 

Ces gens-là, j'en croisais à chaque coin de rue. 

Ces gens-là, je les ai méprisés avant de tenter de les comprendre. 

Une histoire d'instinct de survie face à la morosité ambiante, je crois. 

Pardon. 

Cette maison du bonheur, je l'ai parfois idéalisée. Mais que voulez-vous, les utopies, ça a le don de donner du baume à l'âme. 

Cette maison du bonheur, elle m'a surtout inspirée. "Choisis qui tu veux être", elle m'a dit un jour. 

Choisir, ça demandait d'agir, d'aller vers moi-même. Et ça, c'était une idée qui me plaisait bien. 

La maison du bonheur, elle m'a donné de l'élan. 

Quand je raconte ça à mes copines, elles me disaient que j'avais ça en moi. Que j'aurais forcément trouvé un moyen d'aller vers moi-même. Parce que j'ai la fâcheuse tendance à m'accrocher très fort à ce que je souhaite. 

Sans doute. 

Mais il s'avère tout de même que la maison du bonheur m'a filé un sacré coup de pouce. Sa plus grande leçon ? Me pousser à faire des coudes, à arrêter de demander : "Est-ce que je peux ?". Pour oser dire : "Je vais". 

***

La maison du bonheur a été vendue. 

La dernière fois que j'y ai mis les pieds, c'était le 1e avril 2024. Je venais de passer trois semaines dans la maison du bonheur. Un nécessaire imprévu. Je me revois encore, sur le pas de la porte, dire "au revoir", un poisson d'avril collé dans le dos. 

C'était doux, apaisant. 

J'aime ces dernières fois qui, sur le moment, n'en ont pas l'air. Elles ont quelque chose de léger dans le souvenir, même quand le temps tente de les écraser. 

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