Chronique d'une journaliste indépendante
J’ai fait un détour par la Tour-du-Pin l’an passé.
La Tour-du-Pin, c’est loin de Briançon, surtout en train. Mais ça valait le coup d’y aller, je m’en rends bien compte aujourd’hui.
Je ne savais pas situer la Tour-du-Pin sur une carte avant d’y mettre les pieds. Quand on me demandait : « Tu vas où ce week-end ? », je répondais : « Dans la campagne, vers Lyon ».
C’est à peu près ça.
Et donc, je suis allée dans la campagne, vers Lyon, pour la première exposition d’une amie artiste, Victoire.
4 h 56. Cela faisait bien longtemps que je ne t’avais pas écrit à une heure pareille, cher journal.
Je suis encore à Briançon, à la gare.
Mon train ne va pas tarder à partir. J’ai hâte.
Même si, pour tout te dire, j’aime ce moment suspendu, avec le train qui vibre et ces voyageurs un peu sonnés par l’heure bien matinale.
Je viens de le décider : le train de 5 h 07, c’est le train des aventuriers. Car ne faut‑il pas avoir une vie trépidante pour se lever aux aurores ?
Disons plutôt qu’il faut, a minima, avoir faim de vie pour être dans un train aussi tôt, un samedi. J’aime cette idée.
Sans transition : je te partage un moment à garder en tête. La pleine lune éclaire actuellement les montagnes enneigées. Les étoiles sont aussi de la partie. Quelle joie !
Quelques heures plus tard, j’ai navigué dans l’expo' de Victoire. Une phrase a particulièrement retenu mon attention : « Viens, on fait de GRANDES choses ».
« Grandes » était écrit en majuscule, c’est important.
Victoire fait partie de ces amies qui donnent de l’élan, à sa façon, en nous montrant qu’avec de la passion, de la curiosité et du travail, on peut faire de GRANDES choses.
Victoire n’a pas perdu son âme d’enfant, c’est ce qui me plaît le plus chez elle. Je l’ai compris en voyant le nom de son expo : « Ranger ma chambre ». Note à moi-même : garder son âme d’enfant n’empêche pas de faire de GRANDES choses.
Une autre phrase a retenu mon attention. Elle était inscrite sur le post‑it collé au pare‑soleil de sa voiture : « Tant qu’il n’y a pas de mur, avance ».
Victoire est comme moi : en quête de portes plutôt que de murs.
Voilà plusieurs semaines que je fais face à des murs. Ils me déstabilisent parce que j’ai toujours eu le privilège de rapidement récolter les fruits de ma besogne. Souvent bien plus vite que mes petit.e.s camarades de classe, je dois bien l’admettre.
Ça a commencé avec mes recherches pour la saison d’hiver : plusieurs dizaines de mails, deux réponses négatives. Il faut croire que nombreux sont celles et ceux à rêver d’un hiver à servir la soupe à des skieurs de randonnée, isolés au milieu des montagnes, sans réseau.
Mais au vu du titre cet article, vous vous doutez bien que tous mes mails n'avaient pas pour objet « Candidature pour la saison d’hiver ». Il y en avait d’autres : « Proposition de sujets pour votre média ». Là aussi, des dizaines d’envois soldés par beaucoup d’ignorance.
L’ignorance, ça blesse plus que les « Non merci, on n’a pas envie de voir votre sujet publié dans notre média », croyez‑moi.
Je ne sais pas quels murs ont fait le plus mal : ceux venant du monde du journalisme ou de la restauration. Mais comme je suis une teigne, je vais continuer d’aller les chercher, ces portes.
Cette semaine, je me suis rappelée que le père de Victoire avait ajouté une phrase sous « Tant qu’il n’y a pas de mur, avance ». La phrase, c’était : « Si mur → escalade‑le ».
Ça, je sais faire.
Les murs d’aujourd’hui, j’apprends à les aimer. La saveur des portes n’en sera que meilleure. L’important, c’est d’y croire. Et surtout de ne pas se laisser freiner par les murs. De continuer d’avancer, partout. Tout le temps.
Coup du sort : peu après avoir écrit ces lignes, on m’a proposé des portes. Elles ont débarqué presque sans prévenir, ça m’a reboostée, vraiment.
La première m’a été envoyée avec humour : « Y’a pas besoin de master pour faire du service. »
Mon CV, auréolé d’inutiles diplômes, a ensuite été remarqué par le monde du journalisme : « Votre proposition de sujet nous plaît beaucoup ». Une phrase lancée à trois reprises qui m’a rappelé que faire de GRANDES choses, ça prend parfois un peu plus de temps que prévu.
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